Apocalypses ou le 8 ème roi

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de Paul Nothomb à Fabre d’Olivet... ou quand la "Tradition" déraisonne...

mardi 7 décembre 2021, par Zoltan Jordania

Edités en Belgique par la Longue Vue, ultérieurement en France par Phébus (1), les ouvrages de Paul Nothomb rejoignent sans le savoir (??) "la langue hébraïque restituée" de Fabre d’Olivet...

Grand angle, si nous le comparons à ceux de son "héritier", de beaucoup plus aigu, et dont nous eûmes l’honneur de suivre les conférences (accès libre) à la Sorbonne, disons dans les années 90..., où ce maître excellent s’efforçait de rallier à ses vues un public curieux et tout sauf hébraïsant...

A savoir le profond dévoiement des commentaires "traditionnels" du II récit de la Genèse, traitant de la Chute, de la Pomme, d’Eve et du Serpent... Autrement dit, toute une mésinterprétation, mise en place par les juifs, prolongée par les chrétiens, contaminant de proche en proche jusqu’aux agnostiques...

On passe sur les anecdotes, les efforts déployés par le conférencier pour, dans un même élan, initier son public au B à Ba de l’écriture hébraïque, au discours des docteurs et des théologiens, enfin sa focalisation, entre mots et syntaxe, sur quelques passages dont bien évidemment ni le grec, encore moins le latin, ne laissent soupçonner la véritable teneur...

Comme cette fameuse "poussière", en hébreu O-Phe-R, (Aïn, Phé, Resh, 70+80+200) subitement transmuté en son exact contraire, et surtout glosé au rebours de toute tradition biblique..., comme origine et gage de notre propre immortalité...

Nous y reviendrons dans un instant, car il n’est pas inutile, avant de s’enliser dans cette exégèse très particulière (2) de souligner la profonde différence voir le complet retournement, dans ce récit de "la Chute", du bannissement et du péché originel, d’un Mythe autrement universel....

A savoir celui du trésor gardé par un Dragon, qui aussitôt dompté permet au héros d’entendre "la langue des Oiseaux", partant d’accéder à la Connaissance, donc tout à la fois vaincre la Mort et réintégrer ce Paradis, qui fut "au commencement" donc à l’origine de notre propre nature.

Notons toutefois, dans l’Inversion biblique du mythe, un parallèle étrange entre notre "poussière" et ces Oiseaux... Vu que O-Phe-R, signifie Daim, Faon, dont Nothomb souligne la légèreté...

Mais peut-être que "poudre d’Or" résumerait de façon claire la pensée de notre professeur (3)...

Qui à ce propos attire notre attention sur le fameux passage où Abraham, averti de la destruction des deux Cités, s’en fait l’avocat... Genèse XVIII, 16. Au prétexte, moins des quelques justes qui d’aventure y subsisteraient, que de sa propre nature originelle....

En mode Nothomb, non pas "moi, qui ne suis que poussière, j’ose intercéder..." mais "moi, poudre d’Or, créé à ton image..." suis dans mon droit et mon devoir de me faire l’avocat de la Cité pécheresse... Mon "droit divin" en quelque sorte...

Nous retrouvons, toujours avec Nothomb, la véritable signification de cet O-Phe-R, dans le curieux qualificatif que le texte donne à Ephron l’Etincellant qui donne à Abraham sa propre et double sépulture, puisque l’on voit mal comment ce "poussiéreux" pourrait être associé à la plus vive Lumière...(4).

On pourrait pousser très loin, notamment mais pas uniquement, en mode kabbalistique...

En effet si notre "poussière" se compose de trois lettres..(Aïn, Phé, Resh), il en va de même pour le Plomb qui dans ce glyphe rime avec le Cœur... Jugez plutôt...

Plomb, Ephèret ; (Aïn-Phé-Resh+Tav)...
Lotus ou séphirah du Cœur, Tiphèrèt ; (Tav+Phé-Alèph-Resh+Tav),

Une fois rappelée la permutation classique entre Alèph, 1, (l’Apparent) et Aïn, 70, (le Caché, note cinq), on note ce Lotus comme encadré par la plus grave des Vingt-deux lettres, Tav, 400...

Par ailleurs en comparant les dites séphirot à l’original Hindou, il vient précisément, comme attribut animal de ce Lotus du Cœur, le Cerf ou l’Antilope, en plus précis un Faon à deux têtes, rimant avec l’Etoile de David dans un Yantra aux douze pétales...

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Sur cette "poussière", issue de la "adamah", à partir de laquelle Dieu aurait formé ou façonné Adam, Genèse II, 7, Fabre d’Olivet glose, en mode verbal, (et non substantif ...) raréfaction, sublimation, d’une terre primitive aussi éloignée de celle perçue par nos sens que l’homme, comme être intellectuel, de l’individu fait de chair et de sang...

Nous voilà bien loin de "à l’Image et la ressemblance" du premier récit ou Génèse I, 26... sans compter que dans la formation des mots, c’est "adamah" (la terre telle que cultivée par l’homme) qui dérive d’Adam... d’où, à tout le moins, contradiction, pour ne pas dire non-sens...

Mais peut-être faut-il entendre "à partir de" ce qui subsista des générations antédiluviennes (en bon hébreu, les 7 Rois d’Edom...), effondrées sous leur propre poids... Et ce d’autant plus qu’il est classique, dans l’Islam ésotérique, d’affirmer qu’avant l’Adam que tu connais Dieu créa cent mille Adams... devenus en somme les Djinns (mot à mot les Ailés)...

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Un autre grand cheval de bataille sera l’Arbre de la science du Bien et du Mal, explications un peu forcées de Nothomb, (connaissance synthétique au Paradis, de plus en plus analytiques tout au long de la Chute), sur la base d’un adverbe délayé à longueur de pages..., commentaires toujours très subtils chez Fabre d’Olivet...

Dont le maître ouvrage, publié en 1815 !!! anticipe et précède de plus de 170 ans toutes ces analyses... Mais dont Nothomb semble ignorer jusqu’à l’existence...

Alors qu’il dépasses, tant par sa largeur de vue que par une érudition digne d’un Postel, non seulement notre contempteur de la "poussière", mais la plupart des rabbins fussent-ils kabbalistes, s’escrimant à nous présenter la Torah comme une mine de saphirs…

Alors qu’il s’agit à 85 % de verroterie pour primitifs, n’ayant strictement rien apporté en matière de civilisation, que ce soit la culture matérielle ou la science..., récupérant des bribes d’ésotérisme déformés aussitôt qu’empruntés..., avec cela dans un alphabet qualifié expressément d’assyrien par les rabbins, pas même fichus d’en retrouver la structure...

Sur ce thème, et à défaut de commander notre "Croix Longue et Croix de lettres" consulter nos vidéos sur Oko-Pçà You Tube....(6)

Par lesquelles nous rejoignons l’auteur de "la Langue hébraïque restituée"... N’hésitant jamais, au détour d’une phrase ou d’un mot particulièrement obscur (7), à souligner la dégénérescence linguistique des rédacteurs de la Genèse...

Tout en soutenant, a contrario, une dissimulation intentionnelle, d’ordre ésotérique, chaque fois que les métaphores du texte heurte sa sensibilité...

Remarquons à ce propos, par delà tout ce qui peut séparer nos deux archéologues de l’Idée, une singulière convergence dans l’incapacité à entendre le symbolisme au naturel, partant tout ce que le christianisme à pu surajouter...

Comme le Serpent entouré en Spirale autour de l’Arbre (très belle étude de René Guénon (8) ou encore les Feuilles d’un figuier, certes absent du texte... Mais figurant, vu l’allusion transparente au sexe féminin, les générations qui vont suivre...

Ou encore, côté Nothomb, l’absence d’une extension tout aussi naturelle, du Daim ou Faon aux Bois propres aux cervidés, qui sont à eux-mêmes tout un discours, voir le modèle même de coiffes, des Pharaons aux Hénins..., autrement parlantes que les Couronnes, fut-elle rayonnantes, des Rois...

Encore moins la Beauté et surtout la signification du contraste, par exemple dans le Bison ou Bœuf musqué, entre la masse, la puissance et... la finesse des quatre pattes (ou piliers..(9) témoignant, et bien mieux que l’homme, d’une originelle légèreté ...

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Notes
(1)-Ouvrages de Nothomb : la mémoire de L’Eden,1987 — les tuniques d’aveugle, 1990 — le second récit,2000 —Çà ou l’histoire de la pomme,2002— Eve dans le jardin, 2004 etc .

(2)- et soit dit en passant, absente du Coran... Jacqueline Chabbi, vidéo...

(3)- A ce sujet ; la Pluie d’Or par laquelle Zeus féconde Danaé ; la poudre d’Or de la Connaissance portée par les Ailes des Papillons, chez l’authentique Sorcier de Castaneda...

(4)- Ephron soit (Aïn, Phé, Resh), complété par un Nûn, indiquant la possession (ou la maîtrise ??)

(5)-l’Ange, façonnant l’ alphabet arabe, soulignant cet Aïn 70 par un Rhaïn de même graphisme mais de valeur 1000, avec cela prononcé à la française (un peu comme le turc distinguant le U français du Ou...)

(6)- sous-titré de Tibériade aux nestoriens, hébreu carré. structure et Mystère,
AAA Oko-Pçà 2016. Ecrire à okopsa@laposte.net

(7)-Remarquez ici l’expression arabe de "Rhaûâmidh el Lurhah" qui en place d’Obscurités (de la Langue), emploi un mot que par delà le Ramadhân évoque, via la couleur Grise comme la cendre (ramâdiï), quelque scorie ou débris proprement calciné...

(8)-dans le Symbolisme de la Croix, ch IX l’Arbre du milieu et surtout XXV l’Arbre et le Serpent, qui rend parfaitement orthodoxe l’enroulement qui tant énerves nos exégètes...

(9)- dans les mythes amérindiens, les quatre pattes du Bison sont comme les Quatre phases du temps.